L'envers du décor

C'est en lisant un texte sur la signification du drapeau philippin que soudain je me suis rappelé de la gaffe d'un ami (adopté coréen). Sur le mur de sa chambre il arborait fièrement le taegeukgi, le drapeau de la Corée du Sud, jusqu'à ce qu'une amie (une "vraie" coréenne) lui fasse remarquer que celui-ci était mis à l'envers ! Par souci d'anonymat, je tairai son nom. Le pauvre était tout retourné.

Afin de ne pas commettre la même boulette, sachez qu'il existe un moyen mémotechnique pour vous souvenir de la façon dont est dressé le drapeau coréen : il vous suffit de mémoriser au moins un trigramme autour du Yin et le Yang : soit celui représentant l'air qui doit être forcément et logiquement positionné en haut du drapeau, soit celui celui représentant la terre qui lui est en bas du drapeau. (Ouai, certains diront qu'il vaut mieux se souvenir que la partie rouge du cercle est en haut :p, mais c'est moins drôle.)

Je ne vais pas m'étendre sur le drapeau coréen, j'avais déjà fait un petit article dessus.



Le drapeau philippin ? Il est composé de deux bandes horizontales bleue et rouge (la bande bleue symbolise la paix et la vérité alors que la bande rouge symbolise le patriotisme et la bravoure) et d'un triangle équilatéral blanc (qui symbolise l'égalité e la fraternité). Autour du soleil à huit rayons (qui représentent les 8 premières provinces révoltées contre l'Espagne en 1898) se situent trois étoiles (qui représentent les 3 principales îles de l'archipel). En temps de guerre, le drapeau philippin doit être hissé inversé, de telle sorte que le rouge domine le bleu. Quel bon sens... ^^

Peut-être mon ami a-t-il pensé que ce qui était valable pour le drapeau philippin s'appliquait aussi au drapeau coréen ?... ;D

Une semaine à Tagum

Afin de marquer en image l'article précédent, je poste une photo des enfants du village natal de Michelle que j'ai prise alors que je séjournais à Tagum... aux Philippines (pour changer)!


Mais comment ai-je atterri dans ce petit village situé dans la province de Davao sur l'île de Mindanao ?

Flashback une semaine plus tôt à Manille. Après avoir récupéré du liquide, je ne sais plus trop quoi faire. Je souhaite rester avec Michelle mais j'ai aussi envie de quitter la capitale et aller à Puerto Galera. Une chose est sûre : je n'ai pas envie de voyager sans Michelle. Je lui propose de m'accompagner pour le reste de mon périple. En guise de réponse : "Non, ce n'est pas une bonne idée. Tu es un voyageur. Tu recherches juste l'aventure." Je ramasse mes dents, mais j'insiste! Elle me propose une autre option : elle doit partir chaque été retrouver sa famille à Tagum, et préfère avancer son départ et me faire visiter son village plutôt que de partir à Puerto Galera. (Plus tard, lorsqu'on partira ensemble à Banaue, je comprendrai qu'elle n'est pas du tout habituée à voyager à la "oualagain".)

Mindanao est la deuxième île des Philippines (94 630 km2) après Luzon, la plus grande île au Nord (où se trouve Manille entre autres). Elle abrite une forte minorité de musulmans en rébellion contre le gouvernement. Des mouvements islamistes, des guerillas communistes et autres groupes criminels y sont très actifs. L'ambassade française déconseille les étrangers d'y passer. En fait, seul l'ouest de Mindanao est en "zone rouge", le reste de l'île n'est qu'en "zone orange". Mais l'amalgame s'est fait entre toutes les îles du sud (voire peut être entre toutes les îles des Philippines), d'où la mauvaise réputation du pays.

Michelle me rassure et me dit bien qu'il n'y a rien à craindre dans sa province. Je lui fais entièrement confiance. Et c'est parti pour Tagum ! Néanmoins, lorsqu'on atterrit à l'aéroport de Davao City et que j'apprend que le batiment en ruine tout près est l'ancien aéroport bombardé il y a quelques années (mars 2003), j'avoue que je ne faisais pas le malin.

Tagum se situe à une cinquantaine de bornes au nord de Davao City. Le village natal de Michelle est à 10 minutes en moto du centre de Tagum. Le retour de Michelle et mon arrivée au village ont fait sensation. Michelle voulait faire la surprise et n'avait rien dit concernant ma venue. On s'approche de la maison familiale. Je fais la rencontre de sa mère, son frère, sa cousine, une amie. On me fait installer sur le canapé et on commence à discuter, du moins on essaie (ils ne parlent quasiment pas anglais). Les enfants qui avaient déjà remarqué notre arrivée sont tous à la porte d'entrée et m'épient comme une bête curieuse. J'ai beau être bridé, mais mes cheveux décolorés, ma peau blanche et mes vêtements flashy n'aident pas à me fondre dans la population. Arrivent d'autres membres de sa famille, puis d'autres enfants, puis les voisins. Ils sont tous souriants, avenants, très détendus. Je suis curieusement assez mal à l'aise. La mère s'en aperçoit et dit à tous que nous devons être fatigués. Elle prépare une chambre afin que Michelle et moi puissions nous y reposer.

La maison des parents à Michelle est très rudimentaire. Les parents, son frère, sa soeur, son beau-frère et son petit neveu se partagent environ 30-35 mètres carré. La pièce principale fait office de salle de bain, cuisine, salon, salle à manger (et chambre pour le frangin). C'est toujours assez marrant de se laver les dents dans l'évier où y a la vaisselle et à côté du beauf qui lave les légumes. De cette pièce, entre un petit sofa et un meuble fourre-tout (notamment la télé et les peluches de Michelle), on peut accéder par un escalier de 3 marches à 2 petites chambres surélevées (1 pour les parents, 1 pour la soeur/son mari/leur enfant). Autant dire que dans une configuration comme celle-ci, la présence de 2 personnes supplémentaires est un chamboulement. Exit papa et maman qui laissent très gentiment leur chambre pour Michelle et moi (je vous raconte pas comment j'étais gêné) et qui dormiront dans la pièce principale. Le frère passera quant à lui ses nuits dans le minuscule couloir surélevé qui sépare les 2 chambres sur pilotis. Seul le jeune couple avec leur enfant conservera son chez-soi.

Cette semaine à Tagum se révèlera très riche en émotions, très instructive également. Les gens au village ont été si généreux, j'ai eu l'impression de ne pas donner en retour ce qu'ils faisaient pour moi. Ils vivent dans des conditions très précaires. Mais à aucun moment je n'en ai entendu un se plaindre. Le père, chauffeur de bus, est levé dès 4-5h du mat'. Le beau-frère, sa femme et leur enfant se réveillent aux alentours de 6H, chevauchent à trois le cyclomoteur familial, déposent le petit à l'école à 7H et partent faire leur taff. Le frère part étudier ou bricole au village. La mère s'occupe des tâches ménagères, lentement mais sûrement, infatigablement, tout au long de la journée. Vers 20H, le couple et leur garçon sont de retour. Parfois le père est déjà là, parfois il rentre bien plus tard, parfois il ne rentre que le lendemain. Le dîner est servi devant le journal télévisé qui est suivi de "Kung-Fu Kids", une série tv qui met en scène des gamins dotés de techniques de combats surhumaines et qui m'a profondément traumatisé (le générique commence avec le titre disco "Kung-Fu Fighting"). La table étant trop petite pour toute la famille, trois services sont nécessaires. Le premier est toujours pour Michelle, sa mère et moi. La maman m'invite à me resservir. Comme elle insiste et qu'il ne reste pas grand chose, je me dis qu'il doit y avoir du rab' pour les autres services. Mauvais calcul. Aux tours suivants, c'est surtout du riz nature qu'il y a à manger.
:S << boulet

Bien que cette semaine se soit très bien passée, j'ai un regret : le problème de la langue. Certes, on peut communiquer avec les gestes. Mais au bout d'une semaine, on commence à en avoir marre de pratiquer l'art du mime. Lorsque le beau-frère de Michelle essayait de discuter avec moi des différents niveaux sociaux, de religion et de politique (des sujets de discussion que j'évite pourtant en temps normal), je ressentais une très grande frustration à ne pas le comprendre ou à ne pas me faire comprendre.

Souvenirs en vrac :
-Notre arrivée au village.
-Les dîners avec la famille.
-Les enfants.
-Les journées à flâner seul dans le village.
-Les discussions avec les villageois.
-La place près de Tagum City Hall, à la fois paisible et animée.
-Maragusan, ses collines et ses sources d'eaux chaudes.
-Les déplacements à 3 ou 4 sur la même moto.
-Musikahan sa Tagum, live music contest avec pleins de jeunes groupes rock indé.
-Le claquage des trompes d'eaux sur le toit en tôle de la maison, lors des longues pluies de ouf.
-Le marché de Tagum, l'odeur du poisson qui pue me manque presque.
-La première cigarette que j'ai fumée à Davao City et l'exclamation de Michelle qui a suivi "Don't smoke!". Fumer est interdit par la loi à Davao City. On peut faire de la prison pour ça.
-La journée à l'américaine dans le shopping mall de Davao City : boutiques, pizzas, banana splits, glaces à gogo, navet américain au cinoche... ça fait du bien des fois.
-Michelle.
-Michelle.
-Michelle.
etc...

La fête des enfants

Cette journée qui est déjà achevée à l'heure sud-coréenne est le jour des enfants, 어린이날 prononcé eolininal.

En fait, l'évènement n'est pas célébré le même jour selon que l'on soit en Corée du sud ou du nord (le 5 mai pour la République de Corée et le 1er juin pour son homonyme Populaire Démocratique.)

Comme pour Noël, les enfants se voient offrir des cadeaux. Egalement au programme : sorties au zoo ou parc d'attraction, spectacles etc...

Pour la petite info, cette initiative qui fait le bonheur des plus jeunes est l'effort d'un auteur de livres pour enfants, Bang Jeong-Hwan ("Lettre ouverte aux adultes" publiée le 1er mai 1923).

Je vous invite à lire l'article de Madame Choi pour plus d'infos.

Parokya Ni Edgar

Lorsque je reviens d'un voyage, j'essaie toujours de ne pas trop m'encombrer de souvenirs. Les photos dans mon appareil et les images dans ma mémoire me suffisent amplement.

Il y a cependant un autre support qui a le pouvoir de me transporter dans l'espace et le temps et que je ramène systématiquement : la musique ! J'ai donc ramené quelques CD de groupes locaux : Tambayang Barkada (une compilation de groupes rock alternatif), Ariel Rivera (un love-singer à l'eau de rose, sortez vos mouchoirs!), et plusieurs CD de Parokya Ni Edgar.

Comme Carabao en Thaïlance, Parokya Ni Edgar est mon coup de coeur sonore aux Philippines. C'est aussi le groupe préféré d'Aya, la cousine de Michelle.

Parokya Ni Edgar est un groupe de rock très populaire aux Philippines. Il a été formé par des étudiants d'Ateneo de Manila High School il y a 15 ans. Apprécié pour sa diversité musicale (alternatif, pop, funk etc...), il est également connu pour ses reprises fun et satiriques de chansons célèbres.

Ma chanson préférée : Buloy !


Site officiel de Paroky Ni Edgar
Parokya Ni Edgar on Wikipedia
Buloy on YouTube

La Corée à chaque coin de rue aux Philippines

Lorsqu'on est aux Philippines (surtout à Manille), on ne peut être que frappé par l'omniprésence coréenne. Ce n'est pourtant pas si étonnant que ça : la Corée doit bien être à 4-5 heures de vol des Philippines, le billet ne doit pas être bien cher et la météo est bien plus généreuse au pays aux 7000 îles. Quant aux expats, c'est le bon plan pour ouvrir son commerce ou vivre de sa pension de retraite dans un pays où le coût de la vie est bien inférieur qu'en Corée, tout en restant à proximité de son pays d'origine. Pour les étudiants, c'est aussi l'endroit idéal pour apprendre l'anglais.

J'avoue que ce n'était pas pour me déplaire que de m'arrêter dans un restaurant coréen et me goinfrer de kimchi. Bien que je ne sois pas de nationalité coréenne, j'ai au tout début ressenti comme un stupide semblant de pseudo-patriotisme en voyant tant de choses se rapportant au pays du matin frais. Ce sentiment a très vite fait place à un certain agacement. Hôtels coréens, restaurants coréens, menus en coréen, lounge bars coréens, cybercafés coréens, supermarchés coréens, bus coréens etc etc... J'avoue m'être demandé parfois si je n'avais pas atteri à Séoul. Mais non, je n'étais pas en Corée. Dans la rue, à l'exception de quelques petits groupes de touristes coréens, je ne croisais que des philippins. Mais où sont donc les autres coréens ? Ils marquent leur territoire mais ils restent chez eux ? Ils font leur business mais ils ne font pas marcher celui des philippins ? J'ai ressenti comme un malaise.

Ma caboche nunchi-style (prononcez noune-tchi-staïïle) m'a souvent bien fait du tort. Partout où j'allais, la même scène se répétait :
-"Tricycle ?! Where are you from ? Korea ?"
-"No, I'm French."
Là, en général, soit mon interlocuteur ouvrait de grands yeux genre "il est fou celui-là", soit il fronçait les sourcils genre "il s'fout d'ma gueule lui". En fait, cela ne m'a pas ennuyé autant que ça : leur décontenancement était souvent le point de départ d'une discussion (même si celle-ci tournait souvent autour du même sujet). "You are lucky", certains m'ont dit. C'est vrai, j'ai eu beaucoup de chance d'être adopté.

Bon, je n'ai toujours pas relaté ma mésaventure de mon premier jour à Manille. A force de me la ressasser tout seul dans ma tête et de la raconter oralement à mon entourage, j'ai fini par en faire une overdose. Finalement, je me lance : bien que j'étais dans un état second et que ça reste encore brouillon dans ma tête, je vais essayer d'être clair et relativement objectif. Accrochez-vous, c'est un roman !

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Après deux trains de Grenoble à Paris, un vol France-Philippines avec escale au Qatar, me voilà enfin arrivé à Manille ! Il doit bien être 23h, et je m'empresse de sortir du bocal qu'est l'aéroport de Manille, après avoir attendu impatiemment mes bagages et échangé mes 400€ en pesos philippins au bureau de change le plus avantageux. Comme pour la sortie de l'aéroport international de Bangkok, tout est fait à ce que le touriste étranger prenne un taxi pas donné. Et je me fais avoir ! Je me dirige vers un bureau où tout le monde fait la queue pour obtenir un ticket. 550 pesos et quelques pour aller jusqu'à Malate/Ermita, le quartier des hôtels pour les touristes. C'est également la destination d'un Italien qui me propose qu'on prenne le taxi ensemble et partager ainsi la note. Le chauffeur nous amène donc jusqu'à Mabini Street à Malate. Sur la route, il nous dit ouvertement qu'on s'est fait avoir et qu'il aurait mieux fallu qu'on marche cinq minutes afin de choper un taxi-meter. OK, merci du conseil, mais c'est un peu tard lol. Arrivés à Malate, le voyage commence : trouver un endroit bon marché où crécher. Après avoir fait un bon nombre d'hôtels en tout genre (il est plus d'1h du mat'), on choisit de passer la nuit dans un dortoir au Pension Natividad. Après une nuit blanche (le coin est bruyant!), je me lève vers 6h afin de profiter pleinement de cette nouvelle journée à Manille ! Je ne compte pas rester ici plus d'une journée. J'appelle la compagnie de bus Farinas Transit qui me réserve une place dans un bus de nuit jusqu'à Vigan (départ 23h). Je laisse mon gros bagage à l'hôtel pour la journée. Ceci fait, je commence ma petite escapade dans Manille. Au programme : le quartier espagnol Intramuros avec ses églises et son Fort Santiago, Rizal Park, Binondo (Chinatown) et Malate.

Tout se passe pour le mieux jusqu'au Rizal Park, où une rencontre va changer la donne. Je m'apprête à quitter le parc, et je me dirige vers Chinatown. Je prends un dernier cliché de la statue de Lapu-Lapu, devant laquelle un philippin me demande de le prendre en photo. Il me dit qu'il n'est pas du coin mais qu'il a de la famille à Chinatown, d’où sa présence à Manille. "Hééé mais moi aussi, je vais à Chinatown", je lui dis (mais quel con je suis, mais quel con je suis). Et on marche ensemble jusqu'à Chinatown. On traverse tranquillement le quartier. Il doit être 14 ou 15h, je pense, et je lui demande s'il connait un resto sympa où manger (je n'ai toujours rien avalé depuis mon arrivée à Manille à part un maigre petit dèj'). On s'arrête donc à un resto ; le gars y connait bien le personnel et ils tchatchent pas mal ensemble en tagalog. On boit deux bières chacun, et mon repas arrive après un bon moment d'attente. J'attaque mon assiette. C'est pleins de petits trucs que je ne connais pas ; j'ai choisi au pif afin d'essayer les spécialités culinaires locales. Je ne sais pas combien de temps on reste dans ce restaurant à bavarder. Je mange, on discute, on rigole. Il m'invite chez sa cousine et sa nièce qui habitent à deux pas. J'accepte (mais quel con je suis, mais quel con je suis). En quittant le restaurant, j'ai plusieurs vertiges, je lutte un peu pour garder mon équilibre. Mais je ne m'inquiète pas pour autant, je mets ça sur le compte de la fatigue, du décalage horaire, de la chaleur suffocante et des deux binouzes. On arrive chez la famille du lascar (sa cousine, sa nièce et un bébé) où on papote et où on me fait goûter différents fruits. Leur appartement est au premier étage d'un immeuble (il faut monter un pauvre escalier en métal pour y accéder). L'endroit est minuscule. La pièce principale fait office d'entrée, cuisine, salon et loggia en même temps. Des images de la Vierge Marie ornent la pièce. Au dessus, il y a une petite chambre accessible par une échelle. Bref, on discute, blablabla. Ma vue se trouble. Je ne me méfie pas du tout, bien au contraire ! Blablabla. Ça s'assombrit. Blablabla. Noir.

J'ouvre les yeux. Je suis dans leur chambre, étendu sur un matelas. La cousine, la nièce et le bébé dorment sur une couverture au sol. Je me dis que j'ai dû m'assoupir quelques minutes (mais quel con je suis, mais quel con je suis). Je me lève. Ils se réveillent et chuchotent. Le gars arrive brusquement de la pièce du dessous et me dit qu'il est à la bourre, qu'il doit partir tout de suite. Je ne comprends rien, mais je me laisse faire. On sort de la baraque, il fait sombre, je pense que la nuit est en train de tomber (en fait le jour est en train de se lever). On prend ensemble un tricycle à moteur et on arrive à une station essence. Là, le gars me dit au revoir, et je prends un taxi jusqu'à mon hôtel Pension Natividad. Je paye le taxi, et m'aperçois qu'il ne me reste plus que quelques billets de 20 pesos dans mon portefeuille. Ma carte de crédit a elle aussi disparu. Je récupère mes bagages à l’hôtel, et reprend le même taxi après avoir demandé au chauffeur de me déposer à l'endroit où il m'avait pris. Il me dépose donc à la station essence. Je dis au gars qu'il ne m'a pas pris là mais à Chinatown (***** de trou de mémoire). Il me rétorque qu'il m'a bien pris ici et pas là, blablabla. Bref, je lui demande de me déposer à Chinatown. On passe devant une première gate que je ne reconnais pas. On passe devant une seconde que je reconnais. "Stop!", je lui crie. Je demande au gars de m'attendre là, le temps que je retrouve l'endroit, ce que je fais sans aucun problème. Arrivé devant le fameux immeuble, je ne me souviens plus quelle est leur porte d'entrée. Je frappe à plusieurs portes, sans succès (mais oui mais oui ils vont m'ouvrir). Je laisse tomber, reprend mon taxi et retourne au Pension Natividad. Je demande s'ils ont une chambre de libre car je sens que je vais être bloqué dans la capitale un peu plus longtemps que prévu. Pas de chambre de dispo. Je recherche autre chose, pas cher bien entendu. Je trouve un truc dans une guesthouse basique. Je passe plusieurs coups de fil, dans le but de bloquer ma carte (c'est là que je me rends compte qu'il n'est pas 17 ou 18h mais plutôt 6h du mat'). Après une bonne douche, je file pour aller à l'ambassade à Makati (mais quel con, mais quel con, ce n’est pas mes papiers que j'ai perdus, c'est mes thunes), me fais renverser par une voiture (même pas mal et même pas peur) et prend je ne sais combien de jeepneys et un taxi. A l'ambassade, on me dit évidemment qu'ils ne sont ni une banque ni un commissariat. Je retourne donc sur Malate pour me rapprocher de mon hôtel, et une fois là-bas je me rends au premier poste de police. "No Sir, we are not Police of Chinatown !", me répond l’agent. Et allez, une autre petite virée sur Chinatown, ça faisait longtemps, non ? Comme pour Makati, je vais essayer d’éviter le taxi et de privilégier les transports en commun. Mais je commence à me rendre compte que je suis bien allumé quand même, et qu'il faut que j'arrête de faire nawak. Je demande à une vieille dame qui prend un jeepney en direction de Binondo et me montre le chemin.

J'arrive enfin au commissariat. Je fais mon dépôt de plainte, ça prend une plombe. Je leur dis que j'ai été drogué chez une famille à Chinatown blablabla. Je suis incapable de leur retracer tout ce qui m'est arrivé exactement, même les choses que j'ai faites après mon départ dans la matinée. Les gars alternent les blagues et les attentions à mon égard, histoire de me détendre. Mais je ne suis même pas angoissé, seulement amorphe. Je leur dit que j'ai pu retrouver l'endroit ce matin. Illico presto, je pars avec 4 agents de police vêtus en civil à bord de leur véhicule. On passe devant les différentes gates de Chinatown. Je reconnais celle par laquelle j'étais passé auparavant. On s'incruste dans le quartier chinois, toujours aussi animé et bondé. Difficile de se frayer un passage. On tombe en panne (non non ce n'est pas un film), on laisse la voiture et un des shmits, et on continue à pied. Il fait nuit, et je ne reconnais plus rien (ou alors c'est encore un ******* de trou de mémoire). A l'aide de quelques photos prises avec mon appareil ainsi qu'une poignée de détails qui m'interpellent (un magasin qui vend des plantes médicinales, une énorme pancarte jaune "Discount" au haut d'un atelier pourri etc...), je finis par retrouver l'immeuble. Mais j'ai toujours ce doute sur la porte d'entrée. Là, je sens la frustration des flics. "Try to remember", ils me disent gentiment. Finalement, ils lâchent l'affaire, et on quitte la zone. On passe devant un restaurant. Tilt. "C'est le resto où j'ai mangé avec le gars hier", je me dis. Je ne sais pas pourquoi, mais je ressens comme un malaise à revoir le resto. J’ai un doute, je n'en parle pas aux shmits. On rejoint un nouveau véhicule dans lequel nous attend un autre agent. Retour au commissariat. Je demande à un des policiers de me filer quelques thunes car je n’ai plus un seul rond. Il me donne 1000 pesos, mais il garde mon appareil photo pour être sûr que je rapplique plus tard. Je n’'ai pas bien le choix. Je prends mon billet de 1000 pesos et bye bye police !

Je ne sais plus par quel moyen de transport je rentre sur Malate (taxi ou jeepney). Mais une fois arrivé à Malate, je ne me souviens plus du tout où j'ai laissé mes bagages... où est mon hôtel... Aaaargh !! Je tourne en rond pendant une éternité. Je fais et refais Mabini, Adriatico et Del Pilar Street dans tous les sens. Certains philippins se marrent en me voyant errer, d'autres me regardent d’un œil suspect. Finalement, je croise un gars de la sécurité qui me reconnait (j’avais discuté avec lui la veille alors qu’on cherchait un hôtel avec l’Italien). Il sait que je devais quitter Manille, et il est surpris de me voir encore ici l'air complètement hagard. Je lui explique ce qu’il m'est arrivé. Il semble plus inquiet que moi. Il essaye de m'aider à retrouver ma guesthouse, tente de faire travailler ma mémoire. Mais impossible de lui fournir une information béton, à part des détails à la con. Après une heure de marche (peut-être plus), le mec tient toujours à retrouver la guesthouse, mais je préfère laisser tomber. Je n'en peux plus et je veux qu'une chose : dormir. Le gars me trouve une chambre minuscule mais correcte à 250 pesos dans un petit hôtel situé au 2ème étage d'un immeuble. Au 1er étage se trouve un resto-bar-lounge qui me semble un peu louche de l’extérieur. Je paye ma chambre et décompresse un moment. Quand j’en ressors, le gars est toujours là et me propose d'aller au bar à l'étage en dessous. Il souhaite me faire rencontrer des gens qui pourraient m’aider. Je rencontre Jennifer et Michelle qui travaillent dans ce bar. Je leur raconte mon histoire (du moins j'essaye). Elles me filent chacune leur numéro et me disent de ne pas hésiter à les appeler en cas de besoin. Je rappellerai 2 jours plus tard... Michelle ! Une autre histoire pas prévue commencera, mais celle-là je ne la regreterrai pas. ;)

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Voilà pour ma première journée à Manille. Un gros foutoir dans ma tête. Pendant les 2 semaines qui ont suivi, j'ai eu plusieurs flashs. Je me souviens être retourné dans le restaurant avec la famille pendant la nuit, ce qui me fait penser que j'ai été drogué dans ce restaurant à deux reprises et non pas une fois chez eux. Je me vois prendre un tricycle à moteur avec les trois. Je me vois en train de leur parler en français. J'ai des images où je tiens à peine debout et ils me portent pour monter des escaliers (sûrement devant chez eux). Je me vois en train de leur écrire mon adresse sur un boût de papier. Merde, mais qu'est-ce que j'ai encore pu faire d'autre ?

Finalement, j'ai quand même eu beaucoup de chance. J'aurais pu me réveiller dans un motel miteux ou dans la rue, sans argent, sans passeport. Non. Je me suis réveillé chez eux. Mais pourquoi ont-ils pris ce risque ? Ils m'ont seulement dérobé mon cash et ma carte bancaire dans mon portefeuille pendant que je dormais. Mais pourquoi n'ont-ils pas pris mon passeport qui se trouvait dans la même poche ? Pas besoin de code, une pièce d'identité peut parfois suffire pour régler certains achats.

J'ai beau me ressasser l'histoire mille fois, je me demande à quel moment j'aurais dû me méfier. Je ne peux pas dire si j'étais déjà drogué lorsque j'ai accepté son invitation, car à aucun moment je n'en ai ressenti les effets. Peut-être aurais-je dû m'en tenir qu'au circuit que j'avais préparé et ne faire confiance à personne ? Mais alors je n'aurais pas fait les rencontres que j'ai faites par la suite. Non, au final, je ne regrette rien !

Aux Philippines aussi c'est Pâques

Et c'est sous la tempête de neige à Grenoble que Pâques s'est entamée. Fête religieuse chrétienne qui commémore la résurrection du Christ, elle est célébrée par de millions de croyants à travers le monde. Il tombe le dimanche qui suit le 14e jour du premier mois lunaire du printemps.

Aux Philippines qui est un pays chrétien, on le fête également, mais le lundi de Pâques n'est pas férié là-bas et les philippins ne s'offrent pas de chocolat comme on le fait en France. En revanche, les jeudi (Maundy Thursday), vendredi (Good Friday) et samedi (Black Sunday) qui précédent le dimanche de Pâques sont eux fériés : c'est la Holy Week.

J'ai été vraiment surpris par l'omniprésence de la religion chrétienne aux Philippines. Les Philippins sont très croyants. Dans chaque maison, il y a toujours une photo de la Vierge Marie. Sur le tableau de bord d'un jeepney il n'est pas rare de voir une petite statue de la Vierge ; les chauffeurs de taxi ont bien un symbole chrétien à attacher à leur rétro ; les tricyles exhibent quant à eux des slogans religieux ("In God we all praise" ou "I love God"). Il y a des églises dans chaque ville, chaque district, chaque village. J'ai même vu une église dans un centre commercial (le Harrison Plaza à Manila). Lorsque je passais avec Michelle devant une église, très souvent elle s'y arrêtait pour prier.

Avant mon départ des Philippines, la gentille propriétaire de la boarding house où vit Michelle m'a demandé si j'étais chrétien et m'a offert une petite figurine de la Vierge Marie. Elle m'a dit que c'était un porte-bonheur et que je devais toujours le garder sur moi. Je ne suis pas pratiquant, mais je ne m'en sépare plus depuis.

Certains quartiers de Manille sont si pauvres, si sales. Des gens vivent dans leurs poubelles. Des enfants noirs de crasse dorment dans les rues, mendient et vivent avec 100 pesos par jour. Je ne pense pas avoir vu le pire, mais tout philippin a vu ça plusieurs fois dans sa vie, si ce n'est tous les jours. Alors si la religion peut lui rapporter un peu de réconfort....



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